Jean-Pierre Julien

Duo Lozère

En remontant vers Saint Chély, Le Chastel Nouvel est devenu la première banlieue de Mende, tant les constructions se sont développées, jusqu’à rejoindre la zone artisanale mendoise.

Toutes les étapes de la vie

En 2004, des producteurs laitiers s’interrogent sur la manière de valoriser leur lait dont le prix est au plus bas. Cette réflexion est accompagnée par la Chambre d’Agriculture et les élus locaux. Finalement 9 producteurs créent une coopérative, « la Fromagerie du Randon ». En bonne intelligence avec l’entreprise qui les collecte, ils transfèrent chacun une partie de leur lait sur la coopérative.

La Communauté de Communes de la Terre de Randon construit et équipe l’atelier qu’elle leur loue en crédit-bail. En 2007, deux personnes sont embauchées, dont une jeune technicienne fromagère et les producteurs viennent prêter main forte. Cela démarre bien car les productions correspondent à une attente et le volume augmente régulièrement. Mais en 2009, un peu dépassés par le succès et en mal de conseil de proximité, la qualité manque de régularité. L’Ecole Nationale d’Industrie Laitière de Surgères avait été choisie pour accompagner le projet car elle était spécialisée dans les produits choisis mais il s’est avérée qu’elle était trop éloignée pour répondre rapidement aux problèmes. Devant les difficultés financières, une procédure judiciaire est engagée. Les 9 producteurs s’interrogent et hésitent à réinvestir avant d’y renoncer. Pour éviter l’arrêt, un lozérien dont une société assure les livraisons de nombreux magasins du département, reprend le tout sous forme de société avec les salariés. La production relancée, fin 2011, il propose au directeur de reprendre le fonds de commerce. Celui-ci trouve deux associés travaillant dans le secteur laitier et le 1 février 2012, la société « Fromagers de Lozère » est créée. La coopérative laitière livre du lait de Margeride collecté autour de la nouvelle société qui transforme aujourd’hui environ 500 000 litres de lait de vache et 100 000 litres de brebis. Une belle naissance, une enfance un peu tumultueuse, un apprentissage un peu difficile, c’est maintenant l’âge de la maturité avec l’espoir d’une belle carrière.

Producteur Coeur Lozère

Jean-Pierre Julien • Duo Lozère

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Duo Lozère

Dès le début, le choix a été fait de faire des fromages frais et des yaourts qui n’entraient pas en concurrence avec l’existant. A des produits classiques de ce type, se sont ajoutés les parfums des produits naturels de la région : framboises, myrtilles, « grattes-culs», châtaignes… L’autre choix a été de mettre en avant la qualité de la matière première, d’où l’appellation « Duo Lozère » car pour faire du bon lait, il faut à la fois un bon éleveur et un bon troupeau. En 2012, la nouvelle société « Fromagers de Lozère » a décidé d’investir dans du matériel pour faire du fromage en complément. Pour cela, le gérant a l’idée de reprendre trois fromages qui avaient été abandonnés à la fermeture de la laiterie du Malzieu, d’où il est natif. Il s’agissait de trois fromages traditionnels qui avaient bonne réputation, deux de vache « Le Lozère » rond et « le Pavé de Lozère » carré et un de brebis « Le Berger de Lozère » ; des fromages qui s’affinent de 15 jours à 3 semaines sur place. Plus récemment, un nouvel associé est rentré dans la société en amenant un savoir-faire et une clientèle dans le beurre. Il s’agit du beurre doux ou salé classique, essentiellement pour la clientèle locale. Mais il y a aussi des fabrications spécifiques pour les épiceries fines et les restaurants étoilés. On y trouve du beurre fleur de sel mais aussi des beurres échalotte-estragon, ail-fines herbes, oignon-gingembre, citron-poivre vert et truffe: de quoi mettre l’eau à la bouche. L’esprit « Duo Lozère » se retrouve également dans ces produits, issus de bons éleveurs et de bons troupeaux de Margeride. On devrait même parler de « Trio Lozère » tant l’histoire a montré qu’il faut aussi un bon transformateur.

Trois métiers pour un « Rebond »

On ne peut parler de l’histoire de l’entreprise et de ses produits sans parler de Jean Pierre qui en est le fil conducteur. Après des études agricoles, il avait le projet de reprendre l’exploitation familiale vers Le Malzieu. En attendant, il est embauché à la Chambre d’Agriculture et c’est finalement son frère cadet qui reprendra l’exploitation. Devenu conseiller en entreprise, il est mis à disposition du projet de coopérative pour en étudier la faisabilité avec les producteurs et les différents partenaires impliqués. Pendant trois ans, il a participé à la maturation et à la mise en place. Un premier métier très intéressant avec beaucoup de contacts mais quelquefois la frustration de ne pas voir déboucher des réflexions.

En 2007, au démarrage de la coopérative, il en devient directeur, un bien grand mot car il fallait tout faire et même se mettre à la fabrication quand la technicienne a dû arrêter début 2008. Un apprentissage sur le tas, parfois un peu rude, du fonctionnement de l’entreprise et de la fabrication, tout en étant balloté par les déboires financiers puis le changement de statut en entreprise privée. Un deuxième métier très prenant et très varié mais là aussi la frustration de ne pas pouvoir prendre certaines décisions.

Le 1 février 2012 a été un jour particulier pour l’entreprise qui devenait « Fromagers de Lozère » mais aussi pour Jean Pierre qui en devenait le gérant avec une partie du capital. C’était à la fois le résultat de sa persévérance et de sa foi en la réussite de l’entreprise mais aussi une lourde responsabilité, d’abord pour lui, mais aussi envers les 11 salariés, les producteurs qui livrent du lait de qualité et les clients qui veulent retrouver au quotidien cette qualité dans les produits. Ce troisième métier lui fait « échanger la liberté contre les soucis ! ». Le 6 novembre 2014, Jean Pierre s’est vu remettre, par le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Languedoc Roussillon, le prix « Rebond » du Grand Prix Objectif du Languedoc-Roussillon. Une récompense qui salue la capacité qu’a eu Jean Pierre de « rebondir » avec ses trois métiers et qu’il partage avec Agnès, son épouse, et leurs trois enfants qui ont vécu, eux aussi, toute l’histoire des « Fromagers de Lozère ».

* Extrait du Livre « Des femmes & des hommes une histoire de passion » publié en 2015, en vente à Hyper U Coeur Lozère.